Découvrez l’Islande, une île magique!

Volcans ténébreux, caillasse, magma. L’Islande, à quelques encablures du cercle polaire, est une île en ébullition permanente, qui se craquelle, se fend, se soulève. Qui tremble et palpite. Dormir, ici? Non, il faut vivre, il faut veiller. D’ailleurs, les nuits d’été ne viennent pas, ou à peine, entre minuit et trois heures du matin. Voilà ce qui frappe l’arrivant à Reykjavik: la clarté de la nuit, le ciel d’un bleu aluminium, traversé d’un étrange halo.

Pourtant, à première vue, on se dit: tiens, cette île a la douceur d’un songe. 103 000 km2 d’étrangeté perdue en mer, pour quelque 270 000 habitants dont la moitié vit dans la capitale: de l’espace à volonté, une rivière à saumons, l’Ellidaà, au milieu de la ville, le tout teinté d’un joli folklore, comme ces carrés de verdure laissés libres de constructions, parce que considérés comme propriété des elfes.

Ici, pas d’armée, des policiers sans munitions qui, entre deux contraventions, aident les canards à traverser. Bref, un taux de criminalité insignifiant et un président installé dans une maison ouverte aux quatre vents, sans protection particulière, à Bessastadir.

Mais là s’arrête la douceur, le reste appartient aux géants. En fait, il suffit de sortir de Reykjavik, tourner le dos à ses maisons en tôle ondulée multicolore, posées comme de petits cubes, pour se rendre compte que l’on a mis le pied sur la terre de l’extrême. Une fois quitté la nationale, un ruban goudronné de 1800 km qui fait le tour de l’île, apparaît le vrai visage de l’Islande: fougueux, magique, tragique.

Le feu de la terre

Plus de deux cents volcans, orgues de basalte, massifs rhyolitiques, montagnes de tuf (cendre) comme des dos de bisons gigantesques que l’herbe peine à recouvrir. L’île tient dans son ventre des marmites d’eau bouillonnante: fumerolles, boues, magma qui s’agitent en sous-sol, explosent en geysers ou en fontaines de lave. Parfois les hommes arrivent à dompter les turbulences géologiques: les sources thermales servent à chauffer 86% des foyers islandais, ainsi que les serres de culture, à Hveragerdi.

N’empêche. Voilà un pays où le feu fait gémir les glaciers, où les nappes brûlantes tordent la terre et où les fjords ouvrent à l’improviste des fenêtres d’apaisement. Un pays sulfureux, sauvage, mystérieux, quand pluie et brouillard coulissent sur les mousses grises de la toundra. Intrépide et fier, quand les eaux glaciaires se jettent avec furie dans le vide des gorges: Godhafoss, Gullfoss, Skogafoss…

Il y a de la grandeur, de la mystique dans ces paysages de genèse que l’on dirait pétris par la main des dieux. Comment ne pas penser à Odin, à Thor, à Brandur, face à ces falaises déchiquetées, plongeant à vif dans la mer, face à ces tourments de lave qui occupent la majorité du territoire?

Ecartelée par le grand rift de l’Atlantique, l’Islande est une terre vivante où s’affrontent les forces primitives de la nature. Une nature magistrale, paradis des oiseaux (sternes arctiques, guillemots, grands labbes, etc.), mais où l’homme n’est pas invité: un seul pour-cent des terres est cultivé, 20% sont recouverts de pâturages, tout le reste n’est que sables arides usés par les vents, scories et sols ingrats.

Depuis l’arrivée du premier colon, le Norvégien Ingólfur Arnarson, au IXe siècle, on compte plus de cent cinquante éruptions. Et aujourd’hui, les habitants continuent de garder à l’il la trentaine de monstres toujours actifs, dont Hekla et Vatnajökull.

A l’image des terres, la langue islandaise est à la fois drue et douce, ce bel archaïsme d’un rameau scandinave claque et roule comme les voiles d’un drakkar. Et sent le fond des âges: dites Snæfellsjökull et voilà que se dresse le glacier de Jules Verne. Dites Strokkur et surgit aussitôt un geyser de 50 mètres. Dites enfin Thingvallavatn et vous avez le plus grand lac du pays.

Au cur, les Islandais sont tous un peu pêcheurs ou fermiers. Les chiffres le confirment: 75% des revenus à l’exportation sont assurés par le poisson (hareng, morue, églefin, etc.), tandis que le nombre de moutons frôle les 460 000, soit près du double des habitants.

Mais même si le taux de chômage est bas (moins de 2 %), la vie est très chère. Comment s’en sortir? Les Islandais cumulent les emplois.

A l’instar de Magnús Kristjánsson, guide touristique pendant l’été, qui s’occupe aussi de récolter les plumes d’eider au printemps, de dresser des chevaux, de couper le foin en automne et, si l’occasion se présente, de jouer les déménageurs. Et l’hiver, saison du repos? J’en profite pour avoir des activités intérieures, comme la peinture ou l’écriture, répond le guide, aussi passionné que sa terre natale.

Habitudes de village

Et puis, les Islandais ont recours à une autre astuce: le troc. Sûr que ces descendants d’aventuriers vikings, mâtinés de Celtes irlandais, ont le sens de la débrouillardise. Ainsi, tout s’échange en fonction des besoins du moment: cinq couettes de plumes contre un mois d’accès au supermarché, six tableaux contre une voiture…

C’est que l’île a gardé certaines habitudes de village. Et que, dans ces lieux où il faut s’accrocher pour survivre, résister à la noirceur de la terre, du ciel, de la nuit qui dure, l’homme a développé des réseaux de solidarité. Mais alors, pourquoi rester? Parce qu’il y a la force de ces petites fleurs qui reviennent au printemps, même dans les lieux les plus désertiques et glacés, battus par les vents. C’est là que l’on apprend sa force, son courage, mais aussi l’humilité et le respect de la vie, répond M. Kristjánsson. Tout est dit: on ne quitte pas une terre de silence et de liberté, aussi dure soit-elle. On s’y perd.

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